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Review of “Killarney Blues” in Le Soir

October 2, 2017

BetimesBooksNow

Voilà à quoi ressemble Killarney à l’aube de ce siècle nouveau. Il y a des bagels. Et c’est le genre d’endroit dans lequel elles viennent prendre un café : un bistrot élégant, bien éclairé, minimaliste, avec des tableaux de bon goût sur les murs, des décorations végétales spectrales en forme de bâtons sur les tables et des fauteuils qui vous aspirent, des fauteuils qui vous vaudront des problèmes de vertèbres à terme mais qui sont paradisiaques le temps de ce bref répit, alors que les sacs de shopping lacèrent atrocement les bras fins. »

Colin O’ Sullivan, inconnu au bataillon avant ce premier roman (on lui doit paraît-il de nombreuses nouvelles et des recueils de poésie), a un ton, un style et un univers. Il n’a par contre pas grand-chose en commun avec les innombrables auteurs de polar et de thriller actuels.

Situé à Killarney, ville irlandaise touristique, son Killarney Blues ne compte que deux flics (en uniforme) venus arrêter un type dans un bar. La scène se passe à la page 231 d’un ouvrage qui en compte 270. Elle se termine à la page 234. C’est dire que l’intrigue policière n’est pas au centre de cet ouvrage qui vous happe pourtant dès les premières pages pour ne plus vous lâcher.

[“This book grabs you at the first page and won’t let you put it down.”]

Car Colin O’ Sullivan fait naître une galerie de personnages d’une formidable justesse auxquels on s’attache instantanément.

[“Colin O’Sullivan creates a gallery of characters so true and real that you get attached to them immediately.”]

Au centre de ce petit monde, on trouve Bernard Dunphy, grand amateur de blues et jarvey de profession. En clair, Bernard promène des touristes dans la ville à bord de sa calèche tirée par la jument Ninny. Bernard est un drôle de type, solitaire, un peu inadapté au monde, puant la sueur et portant toujours un gros manteau noir.

Autour de Bernard, il y a sa mère, dure et forte, qui s’occupe de tout pour son grand fils un peu décalé. Et qui porte en elle le souvenir de son mari, noyé dans le lac tout proche. Il y a aussi la belle Marian, dont Bernard est amoureux depuis toujours et qui semble l’ignorer. Elle passe son temps avec ses deux copines, Mags et Cathy, à faire du shopping, à s’envoyer des vannes et à se murger tous les week-ends dans leurs bars préférés tout en s’inquiétant de n’avoir pas encore trouvé l’homme de leur vie à près de 30 ans.

Un récit choral

Il y a encore Jack Moriarty, que Bernard considère comme son seul pote mais qui ne voit pas tout à fait les choses de cette façon. Jack le séducteur, Jack le joueur de foot gaélique incapable de canaliser sa fureur, Jack qui traîne aussi ses fantômes du passé. Et puis il y a Linda la serveuse qui se mue en chanteuse à la nuit tombée, Laura la touriste américaine et son frère, amateur de blues lui aussi…

Tout un petit monde que l’auteur met en scène et suit entre passé et présent, bondissant de l’un à l’autre, tissant un récit choral où les dialogues se réduisent à la portion congrue au profit d’une écriture qui embrasse tous les aspects de l’intrigue, emporte tout sur son passage, tend la main au lecteur pour l’emporter au cœur de ces vies banales et pourtant porteuses d’une multitude de petits et de grands drames.

Au fil des 270 pages, chacun se découvre petit à petit. Tout ce qui semblait évident dans les premiers chapitres prend de nouvelles couleurs, de nouvelles directions, de nouvelles raisons d’être. Le passé resurgit sans cesse et vient le plus souvent pourrir le présent. Heureusement pour Bernard, il y a le blues. Cette musique qui l’habite littéralement, sa passion pour Robert Johnson, Leadbelly, B.B. King et tant d’autres. Dans une Irlande où les clichés culturels croisent sans cesse un nouveau mode de vie mondialisé, Bernard va petit à petit se révéler, ainsi que tous ceux qui l’entourent. Pour le meilleur ou pour le pire.

Porté par un véritable souffle d’écrivain, Killarney Blues est un roman noir, plein de mélancolie et de rêves inaboutis où surgit malgré tout une étonnante lueur d’espoir. Sans la moindre naïveté. Une révélation.

[“Carried by a genuine writing talent, Killarney Blues is a Noir novel full of melancholy and unfulfilled dreams with a surprising glimmer of hope at the end. Without the slightest naivety. A revelation.”]

Roman noir. Killarney Blues, Colin 0’Sullivan ; Tr. de l’anglais par L. Bouton-Kelly, Rivages, 272 p., 21 €, e-book 14,99 €

http://plus.lesoir.be/116429/article/2017-09-29/killarney-blues-une-lueur-despoir-dans-un-ocean-de-blues

 

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